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La course à l’espace s’emballe : 6 fusées révolutionnaires qui seront inaugurées en 2026

En 2026, une nouvelle génération de fusées s’apprête à quitter le sol pour la toute première fois, avec en ligne de mire un objectif commun : bousculer l’ordre établi de l’accès à l’espace. Des startups américaines à la Chine, en passant par l’Europe, ces six lanceurs incarnent des paris industriels, technologiques et géopolitiques à très haut risque.

La course à l’espace s’accélère, et de plus en plus d’entreprises souhaitent évoluer dans un secteur des lanceurs en pleine effervescence, déjà révolutionné par les fusées réutilisables de SpaceX. En 2026, plusieurs fusées devraient ainsi voler pour la première fois, chacune marquant une nouvelle étape dans l’accès à l’orbite.

À noter que, si des versions actualisées de lanceurs déjà bien établis comme Ariane 64, Antares 330 et Vulcan Centaur VC6L doivent aussi réaliser leur vol inaugural lors de cette nouvelle année, cet article s’attarde uniquement sur les fusées qui n’ont encore jamais quitté le sol et incarnent donc une rupture plus franche.

Nova Stoke Space
© Stoke Space

Nova

La fusée Nova de la startup américaine Stoke Space doit effectuer son tout premier vol à la mi-2026 depuis le Cap Canaveral en Floride. Un lancement très attendu, tant il pourrait rebattre les cartes de l’économie des lanceurs de moyenne capacité. L’entreprise mise gros sur cette mission inaugurale, présentée comme une démonstration grandeur nature de son modèle entièrement réutilisable, à contre-courant des architectures plus lourdes actuellement en développement.

Nova est un lanceur bi-étage intégralement réutilisable, haut d’environ 60 mètres pour un diamètre de 8,4 mètres. Il est conçu pour placer jusqu’à 5 tonnes en orbite basse en configuration consommable, ou 3 tonnes en mode réutilisable. Contrairement au pari du gigantisme fait par SpaceX avec Starship, Stoke Space privilégie une remise en service rapide – en quelques heures – grâce à une architecture annulaire et une propulsion intégrée, avec l’objectif affiché de ramener le coût d’un lancement sous la barre des 30 millions de dollars. L’enjeu est majeur pour une entreprise qui a déjà levé plus de 500 millions de dollars.

Rocket 4 Astra
© Astra Space

Rocket 4

Rocket 4 d’Astra Space doit signer le retour en grâce, ou l’ultime tentative, de l’ancienne pépite américaine des petits lancements. Son vol inaugural est attendu à la mi ou à la fin de l’année 2026 depuis Cap Canaveral, avec l’ambition affichée de relancer un acteur fragilisé par une faillite, des changements de cap successifs et une reprise en main de ses activités après 2024. Pour Astra, ce lancement dépasse largement le cadre technique : il s’agit d’une question de survie.

Haut d’environ 15 mètres, Rocket 4 est un lanceur bi-étage conçu pour placer jusqu’à une tonne en orbite basse, ou 300 kg en orbite héliosynchrone. Il repose sur neuf moteurs kérosène-oxygène liquide au premier étage, associés à un étage supérieur optimisé pour le vide. Astra mise toujours sur ce qui faisait son ADN : une production rapide, largement automatisée, utilisant des pompes électriques et des composants imprimés en 3D, avec l’objectif de maintenir un coût de lancement inférieur à 10 millions de dollars.

Tirant les leçons des échecs orbitaux de ses précédents modèles, Rocket 4 intègre des réservoirs allongés, une avionique revue et des systèmes de guidage améliorés. L’entreprise étudie par ailleurs des options de réutilisation, visant à terme des remises en service en moins de 12 heures afin de se distinguer par la cadence plutôt que par la puissance.

Les enjeux sont considérables. Astra doit prouver qu’elle peut encore exister face à une concurrence féroce, dans un contexte où la réutilisation tend à privilégier les plateformes plus massives.

neutron-rocket-lab
© Rocket Lab

Neutron

Il s’agit très certainement de l’un des lanceurs les plus attendus. Après avoir fait ses preuves avec Electron, qui a réalisé une vingtaine de lancements en 2025, Rocket Lab doit désormais faire voler Neutron, une fusée plus lourde.

Ce lanceur bi-étage de 43 mètres est conçu pour placer jusqu’à 13 tonnes en orbite basse en mode réutilisable, ou 15 tonnes en configuration consommable. Rocket Lab mise sur plusieurs choix structurants : une coiffe intégrée surnommée « Hungry Hippo », pensée pour résister à la rentrée atmosphérique, et une récupération autonome sur plateforme maritime.

L’entreprise avance également une intégration verticale poussée et des réservoirs en matériaux composites, avec la promesse de ramener le coût d’un lancement autour de 50 millions de dollars, un positionnement agressif face au Falcon 9 pour les déploiements massifs de constellations.

relativity space
© Relativity Space

Terran R

Relativity Space prépare aussi le vol inaugural de sa fusée Terran R, attendu pour la fin de l’année 2026. Ce lancement doit marquer un tournant stratégique pour l’entreprise californienne, qui a décidé de changer d’échelle après l’échec orbital de Terran 1. Avec Terran R, la startup ne vise plus la démonstration technologique, mais une entrée directe dans la cour des lanceurs lourds partiellement réutilisables.

Haut de 82 mètres, Terran R est un lanceur capable de placer jusqu’à 23,5 tonnes en orbite basse en mode réutilisable, ou 33,5 tonnes en configuration consommable. Pour le concevoir, Relativity Space mise massivement sur la fabrication additive métallique, avec l’objectif de produire près de 80 % des composants par impression 3D. Le lanceur est pensé pour des retours avec atterrissage en mer, une cadence d’itération rapide grâce à ses systèmes d’impression propriétaires, et des coûts de lancement annoncés autour de 100 millions de dollars.

L’enjeu est majeur pour une entreprise valorisée à plus d’un milliard de dollars et déjà soutenue par des contrats commerciaux. Un succès propulserait Relativity Space parmi les acteurs de référence du segment moyen-lourd.

Long March 10A

Cap en Chine, où le secteur spatial est aussi en pleine effervescence avec des lancements qui s’enchaînent. Attendu début ou mi-2026, le premier lancement de la fusée Longue Marche 10A constitue une pièce centrale de la stratégie lunaire de Pékin, qui vise un alunissage habité à l’horizon 2030. Pensée dès l’origine pour les vols avec équipage, la fusée combine montée en puissance cryogénique et exigences élevées en matière de fiabilité, dans un contexte de rivalité technologique et géopolitique accrue avec les États-Unis.

Haute d’environ 114 mètres, la Longue Marche 10A est un lanceur lourd à trois étages, articulé autour d’un corps central de 10 mètres de diamètre flanqué de quatre propulseurs d’appoint. Elle s’appuie sur un ensemble de 28 moteurs YF-100K à kérosène pour les boosters, complétés par trois moteurs cryogéniques YF-77K à hydrogène sur l’étage principal, ainsi qu’un étage supérieur rallumable.

Cette architecture doit lui permettre d’emporter jusqu’à 140 tonnes en orbite basse, ou environ 27 tonnes vers une trajectoire translunaire, un prérequis pour les missions habitées. Le lanceur intègre des dispositifs spécifiques aux vols humains, comme une tour de sauvetage, des systèmes de guidage de haute précision et une conception modulaire pensée pour évoluer vers des versions encore plus puissantes. À terme, la Chine ambitionne également d’y intégrer des éléments partiellement réutilisables pour les missions en orbite basse.

Maia Space Fusee Espace Europe
© MaiaSpace

Maia

Et l’Europe n’est pas en reste. MaiaSpace vise la fin de l’année 2026 pour le vol inaugural de sa fusée Maia, depuis le Centre spatial guyanais, en utilisant l’ancien pas de tir Soyouz. Pour cette filiale d’ArianeGroup, créée afin d’adresser le marché des petits satellites, l’enjeu est clair : offrir à l’Europe une solution de lancement dédiée, alors que le secteur est largement dominé par les acteurs américains.

Maia est un micro-lanceur bi-étage réutilisable d’environ 25 mètres de haut. Il est conçu pour placer jusqu’à 1,5 tonne en orbite basse en configuration consommable, ou environ 500 kg en mode réutilisable. Une option avec l’étage supérieur additionnel Colibri doit permettre d’atteindre jusqu’à une tonne en orbite héliosynchrone. MaiaSpace met en avant une propulsion plus « verte », un recours important à l’impression 3D et des objectifs de remise en service rapide, de l’ordre de 12 heures, avec des coûts de lancement annoncés entre 5 et 10 millions d’euros.

Les enjeux sont stratégiques pour l’écosystème spatial européen. Un premier vol réussi viendrait valider le modèle de cette spin-off agile d’ArianeGroup, déjà soutenue par des contrats commerciaux, notamment avec Exotrail, et offrirait une alternative crédible à la concurrence américaine sur un marché européen fragilisé par les difficultés de Vega-C.

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