Depuis plus d’une décennie, la bataille fait rage entre les groupes de médias et les éditeurs de bloqueurs publicitaires. Mais un tournant judiciaire en Allemagne menace aujourd’hui l’ensemble du web européen. L’hypothèse d’une interdiction pure et simple des bloqueurs de pubs, impensable il y a quelques années, semble désormais bien réelle.
Retour en 2015. Le puissant groupe de presse allemand Axel Springer, propriétaire du Bild et du Die Welt, lance une offensive juridique contre l’éditeur d’Adblock Plus, Eyeo. L’objet de sa plainte : les bloqueurs de pubs « portent atteinte à la concurrence » en réduisant drastiquement les revenus publicitaires des médias.
Refoulé une première fois, Axel Springer revient à la charge en arguant cette fois d’une possible atteinte au droit d’auteur : selon le groupe, un bloqueur publicitaire modifie de façon majeure le code HTML d’un site web — environ 95% de la page disparaîtrait si la publicité est bloquée, ce qui constituerait une « modification illégale » du contenu original protégé par le droit d’auteur.
Malgré un nouvel échec devant la cour d’appel de Hambourg en 2023, le dossier rebondit en 2025. La Cour fédérale allemande estime que « l’arrêt émis n’était pas suffisamment motivé » et précise que le code HTML affiché, qu’il y ait publicité ou non, ne peut pas être exclu du champ du droit d’auteur.
Cette décision relance donc la procédure et pourrait ouvrir la voie à une interdiction nationale des bloqueurs de pubs. Même si la haute juridiction allemande ne s’avance pas directement sur la légalité de l’action des bloqueurs, la porte est ouverte à de nouveaux jugements potentiellement défavorables.
Un précédent pour toute l’Europe… et la France ?
Si cette jurisprudence se confirmait en Allemagne, elle mettrait en danger l’existence même des bloqueurs publicitaires à l’échelle européenne. En effet, même si le droit d’auteur n’est pas le même partout, certains groupes de médias pourraient profiter de la brèche pour tenter leur chance dans d’autres pays. En clair, il suffirait qu’un tribunal français ou espagnol suive la même logique pour voir les extensions disparaître, menaçant notamment Chrome ou Firefox, où elles sont massivement utilisées. De quoi susciter un certain émoi chez Mozilla, créateur de Firefox, qui s’indigne sur son blog :
Quand vous zappez les pubs à la télévision, jetez un encart inutile d’un journal ou sautez les réclames dans un podcast, vous n’enfreignez pas le droit d’auteur. Pourquoi en serait-il autrement avec un navigateur ?
En coulisses, les géants de la tech limitent aussi de plus en plus le périmètre d’action des bloqueurs de pubs. Google, par exemple, a déjà modifié depuis plusieurs mois le fonctionnement des extensions sur son navigateur Chrome pour limiter drastiquement leur efficacité. Des bloqueurs célèbres comme uBlock Origin ont dû lancer des versions allégées pour rester disponibles. L’objectif : préserver l’écosystème publicitaire, socle de l’économie des contenus gratuits sur internet.
La France n’est donc pas à l’abri d’une interdiction des bloqueurs de pubs, surtout à l’heure où de nombreux éditeurs de presse cherchent de nouveaux leviers pour compenser l’érosion rapide des revenus traditionnels.
- La justice allemande pourrait bientôt ouvrir la voie à l’interdiction des bloqueurs de pubs, au nom d’une possible atteinte au droit d’auteur.
- Si cette jurisprudence se confirme, le mouvement pourrait s’étendre à toute l’Europe, notamment à la France.
- Ce bouleversement pourrait relancer l’économie des médias en ligne, notamment gratuits, largement érodée depuis l’avènement des bloqueurs de publicités.
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