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Ubisoft prépare un nouveau « plan social » à Paris : jusqu’à 200 emplois menacés

Rien ne va plus chez le fleuron français, qui poursuit sa descente aux enfers. En pleine tempête boursière et créative, Ubisoft s’apprête désormais à tailler dans le gras de son studio historique de Paris, fondé en 1992.

Voilà quelques années que notre fleuron national perd son âme, malgré des résultats financiers plutôt satisfaisants à la fin de l’année 2025. Franchises mythiques à bout de souffle qui ne trouvent plus l’approbation du public (Far Cry ou Assassin’s Creed, notamment, et son dernier opus, très moyen, Assassin’s Creed : Shadows), tentatives maladroites de renouvellement qui ne font pas remonter le cashflow (Star Wars : Outlaws ou Avatar Frontiers of Pandora), violente chute de l’indice boursier en 2024L’âge d’or est loin derrière le studio ; la preuve en est avec l’annonce cette semaine de cette gigantesque restructuration et l’annulation de six jeux fortement attendus. Seul l’arlésienne Beyond Good and Evil 2 a échappé au grand ménage d’hiver, un gouffre financier déjà trop profond pour être comblé sans des pertes comptables colossales.

L’année 2026 ne commence pas sous les meilleurs augures, puisque l’entreprise va s’attaquer à son siège parisien, qui pourrait perdre jusqu’à 20 % de sa masse salariale, soit 200 emplois. Pour maquiller cette hémorragie, Ubisoft a dégainé son plus bel outil : la Rupture conventionnelle collective (RCC), ou l’art d’inciter ses talents à sauter du navire avec un chèque, plutôt que d’attendre que l’eau n’atteigne les cabines.

La stratégie du départ volontaire : un cache-misère social

La RCC est une procédure qui repose officiellement sur le consentement mutuel, permettant à la direction de se délester de ses troupes en évitant l’étiquette, plus infamante, du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Un porte-parole de l’entreprise a d’ailleurs tenté de masquer les flammes de l’incendie en rappelant qu’« à ce stade, cela reste une proposition et aucune décision ne sera définitive tant qu’un accord collectif n’aura pas été conclu ».

En réalité, Ubisoft crée les conditions d’un exode forcé ; une manœuvre qui s’est jouée en deux temps. D’abord, la direction a imposé le retour obligatoire au bureau 5 jours sur 5, balayant les accords de télétravail post-pandémie. Pour des centaines de salariés qui avaient déménagé loin de Paris, c’est un échec et mat : ils ne peuvent techniquement plus venir.

Le piège est là : en rendant le travail physiquement impossible pour une partie des effectifs, la direction crée artificiellement des volontaires. Les salariés ne s’en iront pas par envie, mais par nécessité, parce que l’entreprise leur retire le droit de travailler à distance, les plaçant devant le fait accompli. La RCC arrive alors comme la solution miracle : « Vous ne pouvez plus venir ? Prenez ce chèque et tirez-vous sans faire d’histoire ! ».

Si ces 200 personnes ne se manifestent pas, Ubisoft reste, pour le moment, bien évasive sur la suite des événements. Eh oui, dans le droit du travail français, si un accord de télétravail est dénoncé et qu’un salarié refuse de revenir au bureau, cela peut potentiellement être qualifié d’insubordination ou d’abandon de poste… menant à un licenciement pour faute grave. Ce qui lui coûterait beaucoup moins cher, puisque Ubisoft s’épargnerait ainsi une partie des indemnités de licenciement et des mois de préavis.

La « formule Ubi » n’a plus le goût d’antan et l’éditeur en vient à dégraisser là où il le peut (n’oublions pas la fermeture des studios d’Halifax et de Stockholm ce mois-ci), payant très cher ses choix passés. C’est le retour de bâton d’une stratégie de standardisation à outrance : à force de formater ses blockbusters, Ubisoft a fini par faire imploser son propre modèle économique. De nombreux autres studios en souffrent (Sony, Electronic Arts, Microsoft et son entité Xbox, Square Enix), et la crise des AAA continue à s’intensifier depuis les premiers signes d’essoufflement au début des années 2010.

Le paquebot Ubisoft est désormais trop lourd pour virer de bord, et ce sont ses propres employés qui servent de lest pour éviter le chavirage boursier. En cherchant à devenir le « Disney des jeux vidéo » sans en avoir la rigueur financière, l’entreprise se retrouve aujourd’hui contrainte à ces sacrifices pour éponger l’ardoise de ses propres fantasmes de grandeur, complètement déconnectés de la réalité du marché actuel. Qu’il nous semble loin le temps où la French Touch d’Ubi faisait trembler les géants américains !

  • Ubisoft prévoit de réduire son personnel à Paris, menaçant jusqu’à 200 emplois dans le cadre d’une restructuration.
  • La société utilise une rupture conventionnelle collective pour inciter les salariés à quitter volontairement l’entreprise.
  • Cette décision fait suite à des performances décevantes et à l’annulation de plusieurs projets de jeux attendus.

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