C’est bientôt la fin pour WeWork. La plus grande entreprise de coworking et 2e licorne américaine de l’Histoire vient d’annoncer son dépôt de bilan.
Pour les experts du secteur, cette nouvelle n’est pas vraiment une surprise. L’entreprise fondée par Adam Neumann a déjà essuyé plusieurs revers, notamment en 2019, sauvée de justesse de la faillite.
Comment une entreprise valorisée à 47 milliards de dollars a-t-elle pu s’effondrer aussi rapidement ? Réponses en 5 dates clés de l’histoire de WeWork.
2010
Alors que le coworking n’est pas vraiment démocratisé, Adam Neumann, un entrepreneur jusque là inconnu fonde l’entreprise The We Company avec son ami Miguel McKelvey.
À l’instar de Steve Jobs et Steve Wozniak, Adam Neumann enfile le costume de leader charismatique pendant que Miguel McKelvey gère les opérations. Leur concept est simple : dans un monde où le travail indépendant et les start-ups se développent, louer des bureaux est trop coûteux. Leur solution : louer des bureaux géants les partager avec plusieurs très petites entreprises et travailleurs indépendants moyennant un loyer mensuel plutôt coûteux (650 euros par mois à Paris par exemple).
Ils visent une prestation premium avec des locaux situés dans les quartiers les plus huppés des grandes capitales mondiales et des prestations de luxe. Le premier WeWork voit le jour à New-York et bouscule le marché du coworking.
2017/2018
En août 2017, WeWork compte 2 000 employés et 130 000 utilisateurs quotidiens répartis dans les 260 espaces ouverts dans 16 pays (dont Paris Lafayette en France, bureau ouvert en 2016).
Pour poursuivre son développement, la start-up a besoin de fonds. Beaucoup de fonds. Softbank, partenaire de la licorne, décide alors d’investir 4,4 milliards de dollars portant ainsi sa participation à 7,4 milliards de dollars. À cette date, WeWork est valorisée à 20 milliards de dollars.
En août 2018, Softbank remet le couvert avec 1 milliard de dollars supplémentaire, puis 3 milliards de dollars en novembre de la même année pour des versements prévus en janvier et avril 2019.
Ces investissements permettent principalement à WeWork de continuer à s’étendre partout dans le monde en fournissant toujours des prestations premium. Ça c’est pour la version officielle.
En réalité, l’entreprise prépare aussi une introduction en Bourse et cherche donc à augmenter sa valorisation avant cette opération. Moins glorieux, les frais de fonctionnement de l’entreprise explosent, notamment à cause du train de vie d’Adam Neumann et de sa femme, qui n’hésitent pas à puiser dans les ressources de la start-up pour financer des projets parfois hasardeux.
2019
Forcément, ces drôles d’opérations ne sont pas restées sans conséquences. En octobre 2019, alors qu’elle devait entrer en Bourse, WeWork renonce. En cause, les déficits énormes camouflés par Adam Neumann, un modèle économique incertain (avec des tarifs prohibitifs) ainsi qu’une direction inefficace.
L’annulation de l’introduction en Bourse fait l’effet d’une bombe. La start-up perd la moitié de sa valorisation. Alors qu’elle avait culminé à 47 milliards de dollars, elle n’est plus que de 8 milliards. Adam Neumann est viré et Softbank, qui contrôlait un tiers du capital injecte 10 milliards supplémentaires pour prendre le contrôle de la société.
Sans cet investissement, WeWork aurait déjà pu être en faillite. Le sauvetage de Softbank n’empêchera pas l’entreprise de licencier 2 400 personnes sur les 12 500 existants ainsi que le transfert de 1 000 salariés à des sous-traitants. Peu de temps après, Miguel McKelvey quitte l’entreprise.
2021
Après avoir subi les effets des confinements de la crise Covid, WeWork fait enfin son introduction en Bourse via la fusion avec une SPAC (société d’acquisition à vocation spécifique). Elle lève au passage 420 millions de dollars et est évaluée à cette date à 9 milliards de dollars.
Endettée, WeWork survit grâce à un plan de restructuration mis en place avec les créanciers. Surtout, les analystes ne croient plus vraiment au modèle économique de la start-up qui n’a pas vraiment changé de stratégie. L’éviction d’Adam Neumann n’y aura rien changé.
2023
Fin mars 2023, WeWork est valorisée à moins d’un milliard de dollars. L’entreprise explique avoir renégocié 1,5 milliard de dollars de sa dette, la passant à 2 milliards. Cinq mois plus tard, WeWork n’est plus valorisée qu’à 280 millions de dollars. En plus de payer les erreurs du passé, l’entreprise a dû faire face à la crise Covid, à un contexte macro-économique complexe ainsi qu’au développement du télétravail.
WeWork annonce alors un dernier plan de restructuration avec des licenciements, la cession des bureaux déficitaires ou encore l’émission de dettes. Mais au premier novembre 2023, la valorisation de WeWork continue de dégringoler, passant à 64 millions de dollars, l’entreprise n’ayant pas remboursé ses créanciers.
Comme l’avait annoncé le Wall Street Journal, WeWork vient d’annoncer sa faillite.
Déclaration de WeWork France
Suite à l’annonce de WeWork, la filiale française a publié un communiqué de presse. Un porte-parole de l’entreprise y déclare :
Les activités de WeWork en France ne font pas partie de ce processus et se poursuivent comme à l’accoutumée. Partout dans le monde, nous continuons à prendre des mesures proactives pour renforcer notre entreprise, notamment en réduisant notre empreinte immobilière. WeWork est là pour rester, et nous prévoyons de maintenir notre présence dans la grande majorité des marchés à mesure que nous avançons dans l’avenir. Nos membres sont notre priorité absolue et nous nous assurons de continuer à leur offrir des produits et des espaces de premier ordre pour répondre à leurs besoins évolutifs en matière de lieu de travail.
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Vous devriez être plus précis concernant l’information sur la décision de mise en faillite de WeWork pour ses activités aux États-Unis et au Canada. Cette procédure (chapitre 11) permet aux entreprises de renégocier leurs dettes avec leurs créanciers et de restructurer leurs activités. Ce n’est donc peut-être pas la fin des activités de WeWork dans ces 2 pays. Les autres pays dont la France ne sont pas concernés par cette décision.