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Découvrez ces 5 nouvelles espèces animales identifiées en 2025 : l’arbre du vivant s’enrichit

On compte environ 1,5 à 1,6 million d’espèces répertoriées dans le monde, mais l’inventaire est loin d’être terminé. Dame Nature a encore beaucoup de secrets à nous livrer !

La biodiversité joue encore à cache-cache avec nous et chaque année de nouvelles espèces animales (sous forme de fossiles ou vivantes) sont identifiées. Nous vous parlions plus tôt l’an dernier du Bastetodon syrtos, de ce dinosaure inconnu ou encore de ce nouvel ichthyosaure, mais il s’agissait là de créatures disparues. Selon les plus hautes estimations, on pense qu’il existe entre 8 et 20 millions d’espèces sur Terre (certaines études vont même jusqu’à 100 millions si l’on inclut les micro-organismes).

Annuellement, nous en découvrons en moyenne 16 000 à 18 000, même si toutes ces trouvailles ne sont pas forcément rendues publiques. Arrêtons-nous quelques instants sur cinq animaux marquants, découverts en 2025, qui se cachaient sous nos yeux (ou sous nos pieds) depuis des siècles.

Salwasiren qatarensis : la vache de mer qui labourait l’océan

Exhumé à Al Maszhabiya au Qatar (un véritable sanctuaire de la mégafaune du Miocène), le Salwasiren qatarensis est un mammifère marin fossile vieux de 21 millions d’années. Cette vache de mer préhistorique est une cousine éloignée de nos lamantins et des dugongs, de paisibles brouteurs sous-marins qui peuplent encore une grande partie des littoraux mondiaux.

Armé de défenses, le Salwasiren qatarensis, lui aussi, fouissait les fonds marins pour se nourrir des herbiers, et, ce faisant, il libérait des micronutriments essentiels piégés dans les sédiments. En labourant, il fertilisait aussi le sol avec ses excréments et en se nourrissant de cette manière, il stimulait la croissance de prairies sous-marines.

Des écosystèmes très importants car, lorsqu’un herbier sous-marin est en bonne santé, il piège les gaz à effet de serre (principalement du CO2) bien plus efficacement que les forêts terrestres. Sans le savoir, les populations de Salwasiren qatarensis participaient donc à une forme primitive de régulation du climat. Elles se sont éteintes au cours du Miocène (23,03 millions d’années à 5,33 millions d’années avant notre ère), quand les changements climatiques ont altéré leur niche écologique.

Salwasiren Qatarensis
Représentation fictive d’un Salwasiren qatarensis, qui partageait déjà des caractéritiques anatomiques communes avec les lamantins et les dugongs. © Image générée par IA (Nano Banana) pour Presse-citron

Marmosa chachapoya : le fantôme des Andes

Initialement partie pour recenser une espèce d’écureuil, l’équipe de la chercheuse Silvia Pavan (Université d’État de Humboldt) est tombée sur un petit passager clandestin au cœur du parc national de Río Abiseo, au Pérou. Si ce petit marsupial ressemblait à s’y méprendre à un opossum-souris, les premières mesures sur le terrain ont montré qu’il possédait un rostre (museau) anormalement long et une morphologie crânienne affinée, typique des mammifères adaptés aux conditions hypoxiques des forêts de nuages à haute altitude.

De retour au laboratoire, c’est en séquençant son ADN que le doute fut levé. En le comparant avec les bases de données taxonomiques mondiales, les chercheurs ont compris qu’ils avaient affaire à une nouvelle espèce : Marmosa chachapoya. S’il appartient bien au genre Marmosa (le groupe des opossums-souris), il ne faut pas le confondre avec le ouistiti (souvent appelé marmoset en anglais par erreur de proximité phonétique). Le Marmosa chachapoya est en réalité un petit marsupial (très mignon, par ailleurs) qui a divergé génétiquement de ses cousins pour survivre dans l’air raréfié des cimes.

Il a été nommé en hommage au peuple Chachapoya, les Guerriers des Nuages, qui occupait autrefois ces montagnes du IXe au XVe siècle. Il vient ainsi rejoindre la liste des 130 membres de la famille des Didelphidae, les seuls marsupiaux survivants du Nouveau Monde.

Marmosa Chachapoya
Avec son pelage brun orangé ou roux et ses grands yeux noirs, le Marmosa chachapoya ne mesure que 10 cm mais sa queue en mesure 16. © Pedro Peloso

Siskiyu armilla : l’araignée cachottière

Il n’y a pas forcément besoin de s’aventurer dans les jungles reculées pour débusquer une nouvelle espèce : c’est la leçon qu’aura retenue l’an dernier Marshal Hedin, un arachnologue de renommée mondiale. En 2010, il se promenait près d’une rivière dans le comté de Siskiyou, en Californie du Nord ; lors de sa balade il a soulevé un caillou près d’une rivière et a trouvé dessous une petite araignée brune. Au premier abord, il ne lui a rien trouvé de spécial, car elle ressemblait fortement à ses congénères de la région, des espèces du genre Titiotus. Hedin n’avait alors pas compris qu’il avait mis les doigts dans un engrenage qui allait l’emporter dans 15 ans d’enquête.

En réalité, c’était une imposteuse, car, même si elle avait les mêmes attraits morphologiques que ses voisines régionales, elle n’avait rien à voir avec elles. Pendant 15 ans, Hedin l’a observée sous toutes les coutures au microscope : ses pattes, ses yeux, ses crochets, son abdomen… tout indiquait qu’elle était une Titiotus ordinaire.

Cette araignée était finalement ce qu’on appelle une espèce cryptique, un animal dont l’apparence physique reste totalement identique au fil des millénaires, alors que son patrimoine génétique, lui, a changé en profondeur. Ayant évolué dans le même environnement que les Titiotus, la sélection naturelle n’avait aucune raison de la faire évoluer puisque son mode de vie était identique.

Hedin s’est donc retrouvé avec deux types d’araignées qui se ressemblaient comme deux gouttes d’eau, alors qu’elles étaient biologiquement aussi différentes qu’un ours polaire d’un ours brun. Il a fallu attendre l’arrivée de nouvelles technologies de séquençage génétique l’an dernier pour l’identifier précisément. Ce n’était pas une Titiotus, mais une espèce distincte, appartenant à un genre nouveau, baptisée Siskiyu armilla, prouvant que des lignées entières peuvent rester complètement indétectables.

Comme l’explique l’entomologiste Rodrigo Monjaraz Ruedas : « Si nous supposons simplement que les araignées qui se ressemblent sont les mêmes sans examiner leur ADN, nous allons passer à côté d’une grande partie de la diversité réelle » On estime désormais qu’une cinquantaine d’autres araignées californiennes font partie de ces clones, comme la Siskiyu armilla, qui attendent encore d’être démasquées.

Siskiyu Armilla
La Siskiyu armilla est un genre monotypique d’araignée, puisqu’il n’existe qu’une seule espèce connue. © Marshal Hedin

Le Careproctus colliculi : un poisson qui garde le sourire au fond des abysses

Après les collines de Californie, plongeons dans l’obscurité totale des abysses océaniques pour découvrir ce petit nouveau, un prodige de l’évolution. À plus de 3 000 mètres sous la surface de l’océan Pacifique, là où la lumière ne parvient jamais, les scientifiques du Monterey Bay Aquarium Research Institute (MBARI) ont filmé une créature assez étrange : une nouvelle espèce de poisson-limace, baptisée Careproctus colliculi.

Les créatures abyssales, vivant dans un environnement extrême présentent souvent des anatomies étonnantes et ce petit nouveau ne fait pas exception. Il semble arborer un sourire figé sur sa face, qui lui donne un air assez sympathique, différant radicalement de certains autres animaux marins que l’on peut retrouver à ces profondeurs.

Avec ses grands yeux et ses nageoires plumeuses, ce spécimen rose et flasque a immédiatement suscité la sympathie des chercheurs qui l’ont découvert. Pour Mackenzie Gerringer, professeure de biologie à l’Université d’État de New York, ce petit poisson vient briser les stéréotypes qui pèsent sur les créatures des abysses.

Elle explique que nous avons tendance à percevoir les grandes profondeurs comme un environnement extraterrestre et hostile, ce qui n’est pas faux. Mais selon elle, le fait de se retrouver « face à des poissons qui sont, selon moi, plutôt mignons », nous confronte à des créatures qui paraissent bien inoffensives face à la sévérité de leur habitat.

Careproctus Colliculi
N’a-t-il pas une petite bouille adorable ce poisson ? © MBARI

Les crapauds de Tanzanie : les trolls de l’évolution

Pour terminer ce tour du monde, direction les montagnes de l’Arc Oriental en Tanzanie. Nous allons parler d’amphibiens, et plus spécifiquement de crapauds, qui ne respectent absolument pas le cycle de reproduction que l’on connaît. En effet, cette classe de vertébrés se reproduit en suivant plusieurs stades de métamorphose : les œufs éclosent en têtards avant de se transformer en adultes. Mais les trois nouvelles espèces découvertes ici, appartenant au genre Nectophrynoides, donnent naissance à des petits déjà formés.

il aura fallu plus de 100 ans de recherches pour que ces petits farceurs soient enfin identifiés. Depuis le début du XXème siècle, tous les spécimens collectés étaient classés comme une seule et même espèce, tant leur ressemblance physique était trompeuse. C’est la persévérance de Christoph Liedtke, chercheur au Conseil supérieur de la recherche scientifique espagnol, qui a permis de percer le mystère après dix ans d’étude.

Pour confirmer l’existence de ces trois nouveaux membres de la famille, les chercheurs ont dû extraire l’ADN de plus de 200 spécimens issus de musées, dont certains avaient été prélevés bien avant l’apparition des technologies modernes de séquençage.

Revenons sur leur particularité : comment peuvent-ils donc zapper la phase tétard alors que la majorité des amphibiens en sont entièrement dépendants ? Ces trois espèces de Nectophrynoides ne pondent pas leur œufs dans des mares ou des ruisseaux ; la femelle conserve les embryons dans son organisme et les petits effectuent ainsi toute leur croissance bien au chaud. Lorsqu’ils viennent au monde, ils sont déjà des versions miniatures du crapaud adulte, munis de quatre pattes et prêts pour la vie terrestre.

Une stratégie de reproduction très rare chez les amphibiens appelée viviparité, qui les rend uniques, mais aussi fragiles. Le taux de natalité est très faible puisque la femelle ne peut porter que quelques individus et ne pond pas de milliers d’œufs comme les autres amphibiens et si elle meurt, les petits meurent avec elle. Chez les amphibiens ovipares (qui pondent des œufs), les œufs peuvent parfois survivre même si les parents disparaissent.

En cas de disparition des rares espèces d’amphibiens vivipares, c’est aussi tout un pan de l’évolution qui disparaît, puisque cette innovation naturelle est le résultat d’une adaptation spécifique à certaines niches écologiques qui ne se retrouvera nulle part ailleurs.

D’ailleurs, le temps presse pour ces trois espèces de Tanzanie : sur les trois nouvelles espèces de Nectophrynoides identifiées, l’une est déjà considérée comme éteinte, tandis que les deux autres n’ont pas été observées à l’état sauvage depuis plus de vingt ans.

Nectophrynoides Luhomeroensis
L’une des trois espèces de crapauds vivipares : Nectophrynoides luhomeroensis. © John Lyakurwa

Ces cinq nouveaux spécimens nous forcent donc encore une fois à admettre que nos connaissances du règne vivant sont encore très parcellaires, et que notre planète reste, à cet égard, une terra incognita. Un vide taxonomique que nous comblons d’année en année, en réalisant qu’il nous reste au moins 80 % d’espèces qui attendent d’être découvertes et catégorisées. Heureusement, nous disposons du fleuron de la technologie génétique pour accélérer le travail, mais n’oublions pas que certaines auront disparu avant même que nous ayons pu poser les yeux dessus. C’est un peu cruel lorsqu’on l’affirme de cette manière, mais la taxonomie est aujourd’hui une science que l’on pourrait apparenter à une archéologie du présent : nous tentons de sauver par le nom ce que nous avons échoué par l’action.

  • En 2025, cinq nouvelles espèces animales ont été découvertes, enrichissant notre compréhension de la biodiversité.
  • Parmi elles, le Salwasiren qatarensis, un mammifère marin fossile, et le Marmosa chachapoya, un petit marsupial des Andes.
  • Ces découvertes soulignent l’importance de la recherche taxonomique et les menaces pesant sur la biodiversité.

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