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9 Français sur 10 veulent acheter français… mais peu en ont les moyens : l’état des lieux du « made in France »

Acheter français est devenu un réflexe revendiqué, mais rarement appliqué. Derrière les bonnes intentions, le made in France fait face à un mur économique bien réel, aggravé par le contexte économique mondial.

Dans un contexte économique français fragilisé par l’inflation, la hausse des coûts de l’énergie et des finances publiques sous forte tension, le pouvoir d’achat reste la priorité absolue des ménages. Pourtant, la volonté de soutenir l’industrie nationale demeure très forte : plus de 9 Français sur 10 affirment aujourd’hui vouloir consommer davantage de produits fabriqués dans l’Hexagone, selon une étude Ifop citée par Amazon. Ces biens sont, en effet, perçus comme un gage de qualité, de souveraineté et d’engagement écologique.

Mais entre l’intention d’achat et le passage en caisse, le fossé reste profond. Les consommateurs doivent faire des arbitrages serrés, car fabriquer en France génère un surcoût par rapport aux produits importés, principalement en raison du coût du travail et de la facture énergétique.

Si le made in France pèse encore près de 80 % de la consommation globale des ménages grâce aux services (logement, santé, restauration, transports), d’après des données de l’Insee datant de 2015, les biens manufacturés et les équipements inversent la tendance. Là, près des deux tiers de la valeur sont importés, illustrant le recul de l’industrie manufacturière qui ne pèse plus qu’environ 10 % du PIB.

Made in France : comment s’y retrouver ?

  • La mention « Fabriqué en France » : Ce n’est pas un label. Le fabricant l’appose lui-même, sans audit externe régulier, en s’appuyant sur les règles d’origine douanières : il suffit que la dernière transformation substantielle du produit ait eu lieu en France. Un pull peut donc être assemblé dans l’Hexagone avec des composants venus d’ailleurs.
  • Origine France Garantie : La certification de référence, privée mais contrôlée chaque année par un organisme indépendant. Deux conditions cumulatives : au moins 50 % du prix de revient unitaire doit être français, et le produit doit acquérir ses caractéristiques essentielles en France. Un simple emballage ou une finition sur place ne suffit pas.
  • France Terre Textile : Réservé au textile et plus exigeant encore : au moins 75 % des étapes de production, du tissu à la confection, doivent être réalisées en France.
  • Entreprise du patrimoine vivant (EPV) : Ce label d’État distingue un savoir-faire d’excellence, pas l’origine des produits. Il est attribué à l’entreprise entière, dont tous les articles ne sont pas forcément fabriqués en France.
  • Les indications géographiques : Longtemps réservées à l’alimentaire, elles protègent désormais aussi des produits manufacturés à l’échelle européenne. La porcelaine de Limoges a été la première à en bénéficier, en mai 2026.

Alimentaire et cosmétique en tête

C’est un fait, tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne. Et l’alimentaire est celui où l’appétit pour le made in France est le plus fort, alors même que la France importe de plus en plus ce qu’elle mange. Ainsi, parmi les Français qui achètent du fabriqué en France, 70 % le font d’abord pour leur alimentation, loin devant l’hygiène et les cosmétiques (33 %).

La cosmétique et les produits de beauté figurent également parmi les moteurs économiques de la filière. Grâce à son savoir-faire reconnu, la France conserve une longueur d’avance sur le soin et les ingrédients naturels. À l’inverse, l’habillement subit de plein fouet les délocalisations et la montée en puissance de la fast-fashion. Fabriquer un vêtement en France coûte cher, et se heurte à une perte historique des compétences techniques, même si quelques initiatives dans le denim ou la maroquinerie tirent leur épingle du jeu.

Le Slip Français en est l’illustration. Pour s’adapter à la baisse du pouvoir d’achat, la marque a revu son modèle : moins de références, des volumes concentrés et l’intégration de ses propres usines. Elle a ainsi réduit ses coûts de production et baissé ses prix jusqu’à 40 % sur une partie de sa gamme.

Pib France
© pixinoo / Shutterstock.com

À l’étranger : qui aime le made in France ?

Et si le salut des entreprises françaises passait par l’international ? L’image de marque du savoir-faire tricolore conserve en effet une aura très forte au-delà des frontières, portée par l’art de vivre à la française. Et ce sont d’abord nos voisins qui achètent français : l’Allemagne reste de loin le premier client de la France, avec 80,9 milliards d’euros d’exportations en 2025, suivie d’autres partenaires européens comme l’Italie, l’Espagne et la Belgique.

Hors d’Europe, les États-Unis restent un débouché de premier plan, avec 48,3 milliards d’euros d’exportations en 2025, mais devenu plus incertain au regard du contexte géopolitique. Les droits de douane imposés par l’administration Trump ont freiné certaines filières : les ventes de cosmétiques français outre-Atlantique ont reculé de 19 % en l’année passée. Dans l’ensemble, la France résiste pourtant mieux que ses voisins, car elle est moins exposée aux taxes qui visent l’automobile ou l’acier.

Amazon mise sur le made in France pour séduire et exporter

Le prix (91 %), le manque de choix (70 %) et l’accessibilité (68 %) restent les principaux freins à l’achat, d’après les chiffres de l’Ifop. Dans ce contexte, Amazon a lancé, il y a deux ans, sa « Vitrine française », qui rassemble 12 millions de références dont plus d’1 million de produits « Fabriqué en France ».

Selon le géant du commerce en ligne, les produits français de sa plateforme ont généré plus de 4 milliards d’euros de ventes à l’international depuis 2024, dont 2,5 milliards sur l’année 2025. Un levier logistique précieux pour des PME et marques emblématiques (BIC, Tefal, Pyrex, Novoma) qui profitent de boutiques dédiées pour vendre en Allemagne, au Royaume-Uni, en Espagne et en Italie.

Le made in France vit donc un paradoxe : les Français y sont massivement attachés, mais leur budget leur laisse peu de marge pour le traduire en actes. Ainsi, l’avenir de la fabrication française se jouera très probablement dans la capacité des entreprises à produire moins cher, à gagner la confiance des acheteurs et à conquérir des clients au-delà des frontières. Il faut séduire, mais aussi être compétitif.

  • Plus de 9 Français sur 10 veulent consommer davantage made in France, mais le prix reste le premier frein à l’achat.
  • L’alimentaire et la cosmétique restent les secteurs phares, tandis que l’habillement souffre de la concurrence des pays à bas coûts.
  • À l’étranger, le savoir-faire français reste recherché, mais les droits de douane américains compliquent la donne.

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