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“Les éditeurs ne demandent pas d’arrêter l’innovation” : pourquoi la presse française s’attaque à l’IA de Google (et pourquoi vous devez la soutenir)

Le 11 août 2026, l’Apig (alliance qui réunit près de 300 quotidiens français) a saisi l’Autorité de la concurrence contre les résumés IA de Google. La presse reproche au géant américain de se nourrir de ses contenus tout en détruisant son modèle économique.

Le 22 juillet 2026, Google activait en France ses Aperçus IA (AI Overviews) et son Mode IA. Ces deux fonctionnalités permettent aux internautes d’obtenir une synthèse générée par intelligence artificielle à toutes leurs questions. Les liens vers les sites sources sont relégués sous ce résumé. Cette fonctionnalité tournait déjà dans plusieurs dizaines de pays depuis 2024, mais la France avait pu retarder l’échéance grâce au RGPD.

Le SEPM, qui représente 80 maisons d’édition de presse magazine, avait réagi dès le lendemain, reprochant à Google d’avoir déployé la fonctionnalité sans réunion ni négociation préalable. Trois semaines plus tard, l’Apig passe à l’étape suivante en saisissant le régulateur, avec un argumentaire précis : le déploiement se serait fait sans autorisation ni rémunération dédiée pour l’utilisation des contenus de presse, en violation des engagements pris par Google en 2022.

Les éditeurs affirment avoir été mis devant un choix impossible : accepter une nouvelle version du contrat de licence, ou retirer techniquement leur contenu au prix d’une perte de visibilité dans les résultats de recherche.

Jusqu’à 38% de perte de trafic

Si l’IA de Google est si critiquée par la presse, c’est parce qu’elle menace toute l’industrie des médias en ligne. Dans son communiqué, l’Agip évoque une perte de trafic de 33 % à 38 % évaluée par l’Arcom sur les marchés où les résumés IA sont déjà actifs. Une étude du Pew Research Center publiée à l’été 2025, portant sur le comportement de recherche de 900 internautes américains, a montré que les utilisateurs confrontés à un résumé IA ne cliquaient sur un lien classique que dans 8 % des cas, contre 15 % en l’absence de résumé, soit un clic presque deux fois moins fréquent. Plus frappant encore : dans 26 % des visites avec résumé IA, l’internaute quittait Google sans cliquer sur quoi que ce soit, contre 16 % sans résumé.

Autrement dit, l’IA ne se contente pas de concurrencer les médias sur la rapidité de la réponse, elle capte l’attention avant même que l’utilisateur n’ait cliqué. Pour des rédactions déjà fragilisées par la baisse des recettes publicitaires et des vagues de suppressions de postes, une chute de trafic de cette ampleur touche directement à la capacité de continuer à produire l’information que ces mêmes IA utilisent pour répondre aux questions.

La loi de 2019 sur les droits voisins oblige les plateformes à rémunérer la presse pour la reprise de ses contenus. Mais à l’époque, l’IA ne faisait pas encore partie du paysage. Et même avant cela, l’Autorité de la concurrence a sanctionné Google à trois reprises sur ce fondement.

D’abord en 2020 avec une première injonction à négocier de bonne foi avec les éditeurs. En 2021, Google a été condamné à une amende de 500 millions d’euros pour non-respect de mesures conservatoires. En 2022, Google a signé des accords de droits voisins avec 450 éditeurs de presse français, assortis d’engagements de bonne foi, de transparence et de non-discrimination, valables jusqu’en 2027. En 2024, l’américain écopait d’une nouvelle amende, de 250 millions d’euros cette fois, pour non-respect de quatre de ces sept engagements.

Le motif de cette dernière condamnation prêterait presque à sourire. À l’époque, Google avait utilisé des contenus d’éditeurs et d’agences de presse pour entraîner Bard (devenu Gemini) sans en informer ni les éditeurs, ni l’Autorité elle-même. Google a donc volé les contenus de la presse en toute impunité.

« Ce n’est pas l’innovation qu’on conteste, c’est la méthode »

D’aucuns diront que la presse française est contre le progrès. Un argument souvent repris par les défenseurs de l’IA à tout prix. L’Apig précise qu’elle ne demande pas à Google de retirer ses résumés IA, ni de renoncer à l’innovation. Elle demande l’application d’un principe déjà inscrit dans la loi française et déjà accepté contractuellement par Google en 2022 : quand une plateforme réutilise le travail journalistique pour construire un produit commercial, ce travail a une valeur qui doit être partagée. Plus simplement, aucun problème pour utiliser les contenus de la presse, à condition de reverser une part des revenus générés grâce à ces mêmes contenus.

Le dossier ne porte donc pas sur le principe de la fonctionnalité, mais sur la manière dont elle a été imposée, sans négociation ouverte, avec pour seule alternative un retrait technique qui aurait signé la mort des médias.

Une partie du public ne suit pas spontanément la presse sur ce combat. Dans les commentaires sous les articles relatant cette saisine, on retrouve un certain scepticisme, certains lecteurs reprochant aux médias français leurs paywalls, la qualité inégale de certains articles, ou une dépendance à la publicité et au tracking.

Chez Google, on explique avoir attendu que « les blocages de régulation » soient levés avant de déployer en France une fonctionnalité déjà disponible dans des dizaines de pays depuis 2024. Pour sa défense, elle invoque également la pression concurrentielle d’acteurs comme ChatGPT ou Perplexity sur le marché de la recherche conversationnelle. Après l’amende de 2024, l’entreprise avait aussi jugé le montant « disproportionné », tout en disant vouloir « travailler de manière constructive avec les éditeurs français ».

Bien que ces arguments suivent une certaine logique, ils ne répondent pas à la question posée par l’Apig : celle du calendrier et de la méthode. Rien n’empêchait Google de négocier une extension des accords de 2022 avant de déployer une fonctionnalité qui change fondamentalement l’équation économique de ces accords. Le choix binaire imposé aux éditeurs (accepter sans discussion ou disparaître des résultats) n’est pas la définition d’une négociation de bonne foi, quel que soit le bien-fondé de l’innovation.

Tous concernés

On pourrait imaginer que ce combat ne concerne que les grands quotidiens généralistes. C’est une erreur. Les grands médias ne sont pas vraiment menacés par Overview. Leurs propriétaires milliardaires trouveront toujours des solutions pour faire survivre leurs médias, quitte à sacrifier une partie des équipes. Les grands médias peuvent aussi s’appuyer sur leurs formules payantes.

En revanche, les médias 100% gratuits, comme Presse-citron, n’ont aucune alternative si ce n’est diversifier les formats (réseaux sociaux, vidéos etc.). Mais l’échelle de rémunération de ces plateformes est loin d’atteindre celle d’un site d’information en ligne. Les médias gratuits sont donc totalement soumis aux humeurs de Google. Pour le meilleur et pour le pire.

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Par : Google LLC
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