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Télétravail : êtes-vous vraiment plus performant ou juste convaincu de l’être ? Attention à ces trois idées reçues

Si vos supérieurs sont persuadés que vous glandouillez en pyjama lorsque vous êtes en télétravail, sachez que la majorité des études scientifiques sur le sujet leur donnent tort sur toute la ligne.

Même si le télétravail remonte en réalité aux années 1960, il s’est largement généralisé après la pandémie de 2020. Des millions de salariés qui n’avaient jamais bossé ailleurs que dans un bureau ont soudainement découvert, avec bonheur, qu’ils pouvaient faire de même chez eux, dans la chaleur de leur foyer.

De plus en plus d’entreprises ont adopté cette pratique, au point qu’elle soit quasiment devenue un sujet de société : celle-ci nous enjoignant à être productifs, le débat public tourne un peu en boucle autour de cette question depuis quelques années. Les télétravailleurs perdraient en efficacité, s’impliqueraient moins dans leur poste et seraient bien moins contrôlables que sous les yeux perçants de leur manager. Certains dirigeants y sont farouchement opposés (une posture qui pourrait d’ailleurs être liée à des problèmes de santé mentale, selon cette étude) alors même que la littérature scientifique montre que ces préjugés sont facilement démontables. En voici trois qui risquent de faire grimacer les partisans du retour au bureau qui ne jurent que par le dogme du présentiel.

« En télétravail, personne ne bosse vraiment »

Peut-être que votre supérieur vous a déjà sous-entendu plusieurs fois que travailler depuis votre canapé (ou votre lit, pour les ceintures noires du télétravail) sapait votre rendement. Dans ce cas, nous vous invitons à lui partager ces quelques lectures, qui reposent sur des données factuelles, et non sur de maigres arguments d’autorité qui n’ont aucune valeur. En 2015, une équipe de chercheurs de Stanford avait publié une étude dans la revue Quarterly Journal of Economics, qui s’était penchée sur l’efficacité d’employés d’un centre d’appels chinois de chez Ctrip ,un géant de la réservation de voyages en ligne (aujourd’hui Trip.com)

En tout, 249 participants ont été répartis au hasard entre leur lieu de travail habituel ou leur domicile, afin de déterminer lesquels seraient plus productifs. Il n’y a pas photo, comme l’explique le résumé de l’étude : « Le travail à domicile a entraîné une hausse des performances de 13 %, dont environ 9 % s’expliquent par un temps de travail supérieur par poste (moins de pauses et d’arrêts de travail) et 4 % par un plus grand nombre d’appels par minute (attribué à un environnement de travail plus calme) ». Face à ces résultats, la boîte a laissé ensuite l’ensemble des employés choisir leur mode de travail, ce qui a porté les gains de productivité des télétravailleurs à 22 %, les salariés les moins efficaces chez eux ayant spontanément choisi de revenir au bureau.

En 2024, rebelote : la même équipe a publié une autre étude, cette fois dans la revue Nature, conduite sur six mois, toujours chez Trip.com. Menant leurs travaux auprès d’un échantillon de 1 612 salariés, les chercheurs en sont arrivés à la conclusion que le travail hybride (2 jours en télétravail et 3 jours au bureau) leur était bénéfique sur tous les aspects : aucun impact négatif sur les performances ou sur les promotions n’a été relevé, les employés s’estimaient plus satisfaits, ce qui a entraîné une chute drastique de 33 % des démissions.

Eh oui, quand on laisse des adultes s’organiser tout seuls comme des grands, sans leur imposer des injonctions managériales irrationnelles, tout le monde y gagne !

Télétravail
Le travail, depuis la Révolution industrielle, imposait une unité de temps et de lieu : un paradigme qui a été bousculé après 2020. © Microsoft Copilot / Unsplash

Le bureau obligatoire : un cadeau royal pour la concurrence

Il existe une autre légende à laquelle certains managers croient dur comme fer : le télétravail fragiliserait la loyauté des salariés envers leur employeur. Non seulement cette crainte s’avère infondée, comme l’a démontré l’étude précédente chez Trip.com, mais les entreprises qui ont forcé la main à leurs employés pour qu’ils retournent sur site en ont payé le prix fort.

Une étude de 2024 menée par les universités du Michigan et de Chicago, partagée sur la plateforme arXiv, a analysé les conséquences du rapatriement des troupes au bureau chez Microsoft, Apple et SpaceX (une des névroses d’Elon Musk). Dans les trois cas, ce sont les employés les plus expérimentés qui ont pris la porte en premier, puisque suffisamment courtisés sur le marché pour retrouver un poste équivalent sans la moindre concession salariale. À quoi bon subir un stupide diktat managérial quand la concurrence vous déroule le tapis rouge ?

Cohésion
Le télétravail a également forcé les RH à une prise de conscience : ce n’est pas parce qu’on fait de l’accrobranche une fois dans l’année ou qu’on organise des cours d’impro théâtrale qu’une équipe de salariés sera forcément unie. © Hannah Busing / Unsplash

Le grand leurre du sentiment d’appartenance

Autre idée reçue que les RH adorent brandir pour essayer de prouver à tout prix que le travail au bureau est forcément supérieur au télétravail : la cohésion d’équipe. « Le bureau, c’est un lieu de vie, une deuxième famille. Le distanciel a complètement déshumanisé le travail au quotidien » ; « rien ne remplacera jamais la magie des échanges informels à la machine à café : c’est là que bat le véritable cœur de l’entreprise. » ou « on ne bâtit pas un collectif solide quand chacun reste dans sa bulle » : le bingo des papes de la « culture d’entreprise » à deux balles.

Attention : personne ne nie l’intérêt de se voir en vrai pour partager des moments entre collègues, à une seule nuance près : la cohésion ne se commande pas et c’est le 100 % distanciel subi ou mal encadré qui la détruit. Forcer un salarié à faire 1 h 30 de transports pour passer sa journée en visio avec un casque sur les oreilles n’a jamais créé le moindre esprit d’équipe.

Une analyse de 2023 partagée sur le serveur Social Science Research Network, conduite à l’Université de Pittsburgh sur 137 entreprises du S&P 500, a confirmé que le présentiel forcé est contre-productif au possible. Pour en arriver à cette conclusion, les chercheurs ont exploité les données de Glassdoor, une plateforme sur laquelle les employés évaluent anonymement leur entreprise (satisfaction globale, qualité du management, équilibre vie pro-vie perso, culture d’entreprise). Là encore, les résultats sont indiscutables : le retour obligatoire sur site provoque une chute en flèche de tous les indicateurs de bien-être au travail.

Et pour quel bénéfice financier pour les entreprises concernées ? Strictement aucun : qu’il s’agisse de leur rentabilité ou de leur valorisation boursière. Miner le moral des troupes sans que cela ne rapporte un seul centime à ceux qui l’ont imposé : on a connu mieux comme retour sur investissement.

Le monde du travail a changé, n’en déplaise aux nostalgiques des open-spaces bondés du lundi matin. Les entreprises qui l’ont compris et qui sont montées dans le train à temps attirent et retiennent leurs meilleurs éléments. Les retardataires s’épuisent à fixer des règles stériles qui n’ont pour effet que de laisser leurs talents filer chez la concurrence ou voir ceux qui restent se démoraliser d’être encore là. Une forme de sélection naturelle (ou de darwinisme d’entreprise, au choix) en somme : celles qui s’adaptent survivent et les autres se battent contre des moulins… et contre les faits scientifiques.

  • Le télétravail, largement adopté depuis la pandémie, améliore la productivité des employés, contredisant les préjugés de performance.
  • Les entreprises qui imposent le retour au bureau risquent de perdre leurs talents les plus expérimentés, nuisant à leur compétitivité.
  • La cohésion d’équipe ne dépend pas du présentiel, et le télétravail bien encadré peut maintenir, voire améliorer, le bien-être des salariés.

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