Hier, mardi 27 octobre, la DIA (Defense Intelligence Agency), le service de renseignement militaire du Pentagone, a publié un rapport déclassifié baptisé Challenges to Security in Space. Le document, totalisant 130 pages, annonce la couleur dès les premières lignes : « La Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord développent, testent, déploient et mettent en œuvre des capacités spatiales qui menacent la sécurité de l’ensemble des systèmes spatiaux [américains] et des bénéfices qui en découlent. » De nombreux sujets y sont abordés, comme les armes anti-satellites, l’organisation militaire et le programme spatial de la Chine, de la Russie, de la Corée du Nord ainsi que les projets de défense aérospatiale prévus par Washington à l’horizon 2040.
À la 53e page du document se trouve une image d’un véhicule spatial chinois ultrasecret (voir image en tête d’article), photographié en orbite basse par un satellite d’imagerie commerciale appartenant à l’entreprise Vantor (anciennement Maxar Technologies), l’un des principaux fournisseurs de données de reconnaissance de Washington. Le cliché a été capturé en 2024, lors d’un croisement fortuit entre les deux engins, mais le Pentagone l’a gardé classifié pendant deux ans. Une « précaution » qui se comprend aisément au vu des caractéristiques de l’appareil chinois, le Shenlong, mystérieux engin fantôme qui fait parler de lui depuis plusieurs années.
La première photo du Shenlong, le fantôme de Pékin
La navette, visiblement photographiée depuis le dessus, arbore un fuselage compact de couleur gris clair, flanqué de deux ailes delta trapues ; sur son dos, on peut y apercevoir des équipements ressemblant à des portes de soute articulées, ce qui suggère que l’engin est doté d’une capacité d’emport et de déploiement de charges utiles en orbite.
À l’arrière du Shenlong se trouve un module sphérique plus volumineux sur lequel sont fixés deux vastes panneaux solaires rectangulaires dont l’envergure dépasse largement celle des ailes. Baigné d’une lumière dorée intense (certainement provoquée par la réflexion solaire sur ses revêtements thermiques) il paraît abriter les systèmes de propulsion, d’alimentation électrique et, potentiellement, des équipements dont la nature exacte reste inconnue, y compris pour le renseignement américain.
Selon le rapport de la DIA, le Shenlong est également doté d’un bouclier thermique sur sa face ventrale (invisible sur ce cliché) destiné à encaisser les températures extrêmes de la rentrée atmosphérique.
Globalement, sa silhouette rappelle de loin celle de la navette spatiale autonome américaine X-37B, fabriquée par Boeing pour l’U.S. Space Force, quoique légèrement plus rustique. Une ressemblance, évidemment, non revendiquée par la DIA, bien qu’il soit difficile de ne pas établir un parallèle entre les deux engins.
Depuis 2020, la Chine a lancé quatre missions avec ce véhicule, dont la plus longue a duré neuf mois. La quatrième, qui a débuté en février 2026, est toujours en cours au moment où nous écrivons ces lignes. Pékin ne lui a jamais attribué de nom officiel autre que « Chongfu Shiyong Shiyan Hangtian Qi » (CSSHQ), qui signifie « vaisseau spatial expérimental réutilisable ». Tout comme comme le X-37B, le CSSHQ rejoint l’orbite logé sous la coiffe d’une fusée et opère comme un satellite autonome une fois qu’il a atteint sa destination. Il retourne dans l’atsmosphère et atterrit de manière autonome, avant d’être reconditionné pour un nouveau vol.
En plus des charges qu’il libère à chaque sortie, repérées à plusieurs reprises (en 2022, 2023, 2024 et en 2026), il a réussi à larguer un un satellite auxiliaire au mois de juin, puis l’a recapturé en juillet. Une opération qu’il a répété en août et au mois de septembre, probablement à l’aide d’un bras robotique. Il est fort possible que les fameux objets non identifiés largués par le Shenlong, dont nous avions détaillé la traque par les radars américains, aient justement servi à tester sa capacité de capture orbitale. Capacité que le X-37B ne revendique pas encore, publiquement, tout du moins.
Le rapport de la DIA précise également qu’en plus de cet engin, un autre existerait sous le nom de Tengyun et que la Chine dispose déjà de « plusieurs armes laser au sol, de puissances variées, capables de perturber, dégrader ou endommager des satellites en orbite basse ». D’ici la fin de la décennie, Pékin pourrait déployer des systèmes d’armements lasers orbitaux de forte puissance, capables d’atteindre des cibles jusque sur les orbites hautes. Une escalade à laquelle participent également les États-Unis, qui ont confirmé le mois dernier que l’U.S. Air Force exploitait déjà des armes situées en orbite, devenant ainsi le premier pays à reconnaître officiellement la possession d’équipements militaires offensifs dans l’espace.
- La DIA a déclassifié un rapport sur les menaces spatiales, révélant le développement de capacités militaires par la Chine et d’autres pays.
- Une image récemment déclassifiée montre le Shenlong, un véhicule spatial chinois secret, capable de déployer et capturer des charges utiles en orbite.
- Le rapport mentionne également des armes laser terrestres et la possibilité de systèmes d’armements laser orbitaux par la Chine d’ici 2030.
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