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Face à la Chine, comment Renault lutte pour sauver l’auto européenne (et lorgne sur la défense)

Alors que l’industrie automobile européenne traverse une zone de fortes turbulences, le patron de Renault affiche un optimisme pragmatique. Entre charge contre le « tsunami réglementaire » bruxellois, volonté d’imposer la réciprocité aux constructeurs chinois et incursion dans la défense, passage en revue d’une stratégie qui refuse le déclin.

Pour sa première année à la tête de Renault, François Provost affiche une posture offensive incarnée par le plan stratégique FutuREady, soutenu par un investissement massif de 13 milliards d’euros en France. Car selon lui, si l’Europe « joue sa survie », la résignation n’est pas une option face au rouleau compresseur des constructeurs chinois.

La marque mise ainsi sur sa propre agilité, a étayé le dirigeant dans une longue interview à nos confrères des Échos. Afin de rattraper son retard, le groupe a mis en place le centre de recherche ACDC en Chine, conçu pour décoder les secrets de la compétitivité locale afin de les appliquer directement en Europe. Objectif : développer des véhicules aussi vite et au même niveau technologique que les meilleurs acteurs chinois, tout en conservant l’avantage sur le design et l’expérience client.

François Provost appelle surtout à un sursaut politique de Bruxelles. Plutôt que de déclencher une guerre commerciale stérile à coups de barrières douanières, il préconise d’appliquer à l’Europe la recette que Pékin imposait aux Occidentaux il y a trente ans : la localisation forcée. « Il faut que l’Europe conditionne l’installation d’un constructeur à une localisation en profondeur, incluant les fournisseurs, les chaînes de valeur et la R&D », étaye-t-il. Une manière d’obliger les nouveaux entrants à s’intégrer réellement au tissu économique européen.

Renault Espace (1)
© Thomas Kim pour Presse-citron

L’appel à un « gel réglementaire »

Sur le front de la transition énergétique, le patron de Renault ne mâche pas ses mots. Il qualifie les nouvelles normes européennes prévues d’ici à 2030 de véritable « tsunami » qui asphyxie le pouvoir d’achat des consommateurs. Selon lui, l’objectif d’un passage au 100 % électrique dès 2035 est tout simplement irréalisable en l’état.

Il avance même une proposition choc : geler toutes les réglementations automobiles pendant dix ans. L’idée serait de libérer les forces vives de l’ingénierie aujourd’hui accaparées par des mises en conformité administratives sans valeur ajoutée.

Avec une telle pause, Renault se dit capable, dès 2030, de proposer des voitures électriques au tarif des hybrides actuelles, tout en dégageant des marges positives. C’est déjà le cas sur les R5, R4 et la Twingo, qui s’avèrent plus rentables que des modèles de segments supérieurs, explique Provost, grâce à une chasse aux coûts rigoureuse.

Renault R5 E Tech (1)
© Alexandre Prevot/Shutterstock.com

Opportunités dans la défense

Pour garantir la solidité financière du groupe, la transformation passe par des choix parfois radicaux. François Provost assume pleinement les coupes budgétaires, comme le retrait du Championnat du monde d’endurance, préférant réallouer ces liquidités au développement d’un modèle grand public supplémentaire.

Enfin, l’autre levier de diversification et de souveraineté pour Renault pourrait bien se situer sur un terrain plus inattendu : la défense. Si le constructeur avance ses pions sans encore intégrer pleinement ce secteur à sa feuille de route financière globale, il y voit une opportunité majeure. Une stratégie qui ne fait d’ailleurs pas l’unanimité en interne.

En cas de dynamique de réindustrialisation lourde de l’appareil militaire français, Renault entend se positionner de manière proactive comme un fournisseur de solutions industrielles et technologiques clés. Une façon de lier plus que jamais l’avenir du groupe à l’autonomie stratégique du continent.

  • Face à la crise du secteur, Renault investit 13 milliards d’euros en France pour résister à l’offensive chinoise grâce à son plan FutuREady.
  • François Provost réclame un gel des normes européennes pendant 10 ans pour baisser les coûts et rendre les voitures électriques abordables.
  • Le groupe mise sur l’indépendance technologique et se positionne de manière proactive pour devenir un partenaire clé de l’industrie de la défense française.

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