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Ferrari Luce : boudée en Occident, la première électrique du constructeur italien s’arrache en Chine

Conspuée en Europe pour un design que ses détracteurs ont comparé à celui d’une berline de direction d’entreprise et pour l’absence totale de moteur thermique sous le capot, la Ferrari Luce a pourtant trouvé en Chine sa terre d’accueil. Rupture de stock pour le constructeur, alors que le pays n’est traditionnellement pas son premier vivier d’acheteurs.

Après s’être laissée aller à la mode des SUV en 2022 avec le Purosangue, le lancement de la Luce était certainement le plus gros virage que Ferrari se devait d’assurer sans finir dans le bac à gravier. Pour leur premier grand saut dans le bain du tout-électrique, les ingénieurs de Maranello ont cru malin de sous-traiter son design au collectif LoveFrom de Jony Ive et Marc Newson : il en a résulté une berline aux courbes disgracieuses et boursouflées, dignes d’un batracien. Dévoilée sous son vrai nom en février, sa présentation à la fin du mois de mai était sans doute l’une des plus mal fagotées de la décennie pour le constructeur.

La presse automobile, comme les fans du cheval cabré dans toute l’Europe, s’est montrée d’une cruauté sans filtre face à ce poids-lourd de 2,2 tonnes et de 1 050 chevaux. Malgré ce lynchage, toutes les Luce disponibles ont trouvé preneur en Chine, avant que le bruit médiatique n’ait eu le temps de traverser l’Oural.

Humiliée par les puristes européens, adulée à Pékin : la Ferrari Luce prend sa revanche

En tout, 88 exemplaires de Luce ont été alloués au marché chinois depuis sa commercialisation, Ferrari ne souhaitant normalement pas faire de la Chine une priorité pour écouler ses véhicules. Vendues 3 988 000 yuans (515 600 euros environ), elles sont parties comme des petits pains à peine les commandes ouvertes au marché intérieur, selon CarNewsChina.

Une excellente performance, encore plus quand on connaît la dynamique concurrentielle des constructeurs nationaux : BYD, NIO, Li Auto, ou Xpeng ; les acheteurs chinois de luxe ne manquent pas d’alternatives. Par exemple, la monstrueuse Yangwang U9 de BYD offre plus de puissance pour deux fois moins cher : elle est la concurrente haut de gamme la plus exclusive de la Luce, mais produite en 30 exemplaires seulement. Pourtant, les acheteurs ultra-riches de Pékin ou Shanghai ont foncé sur l’écusson frappé du cheval cabré.

En réalité, si une marque de luxe comme Ferrari, Porsche, ou Maserati, se dirige vers l’électrique, ce n’est absolument pas vécu comme une trahison pour les acheteurs chinois. La Chine est la patrie de la voiture électrique depuis le début des années 2010 ; l’abandon du thermique n’est donc qu’une évolution logique. Le marché est déjà acculturé, et le design épuré et l’habitacle ultra-techno de la Luce ont fait mouche pour la clientèle aisée de Shanghai ou Pékin. Les V12 ou V8 qui hurlent à la mort, même pour un constructeur comme Ferrari, ne sont pas l’argument différenciant : la rareté du badge, en revanche, oui.

Requiem pour un V12 : les larmes du Vieux Continent

Une rumeur tenace avait aussi couru dans les cercles de collectionneurs : Ferrari aurait conditionné l’allocation de ses futures supercars en série limitée à l’achat préalable d’une Luce. Pas de supercar exclusive sans avoir d’abord signé un bon de commande pour la berline électrique. Galliera, directeur marketing de Ferrari qui quittera ses fonctions cette semaine, l’avait catégoriquement démenti, précisant que la voiture visait « une clientèle différente ».

Les chiffres de vente en Chine semblent lui donner raison : la Luce ne ciblait pas  les « tifosi » les plus traditionalistes de Ferrari, ceux pour qui l’accès aux séries limitées est un sésame. Le constructeur s’adressait à un nouveau public, attiré par le prestige et la puissance plutôt que par la culture des gros blocs thermiques typiques de son ADN.

Si tel est le cas, effectivement, cette rumeur n’a pas lieu d’être, puisqu’un acheteur qui découvre Ferrari par la Luce n’a aucune place à perdre dans le portefeuille de commandes, et donc aucune raison de l’acheter sous la contrainte.

La ruée chinoise sur la Luce peut s’expliquer par ce raisonnement et Benedetto Vigna, PDG de Ferrari devait déjà parfaitement le savoir à la fin du mois de mai quand il affirmait que les commandes grimpaient en flèche, malgré le vacarme médiatique occidental. Si polémique il y a eu, elle n’a jamais été du côté des acheteurs, mais de  celui d’un continent qui n’a pas encore accepté que Ferrari puisse s’adresser à quelqu’un d’autre qu’à lui.

  • La Ferrari Luce, critiquée en Europe pour son design et son absence de moteur thermique, connaît un succès fulgurant en Chine avec des ventes record.
  • Le constructeur a alloué seulement 88 unités au marché chinois, qui a rapidement écoulé les modèles à un prix d’environ 515 600 euros.
  • La clientèle chinoise, ouverte à l’électrique, privilégie le prestige et la puissance de la Luce plutôt que la tradition des moteurs thermiques de Ferrari.

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