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Essai Audi Q6 e-tron : 2000 km pour juger le cousin du Porsche Macan

L’Audi Q6 e-tron s’apprête à combler le vide laissé entre le Q4 et le Q8. Seulement voilà, le petit dernier débarque en terrain miné, le fessier entre deux chaises. Par chance, les anneaux lui ont offert un barda de choix, contenant quelques gourmandises du frangin Porsche. De quoi partir au front la fleur au fusil ?

Plus imposant que le Q4 mais plus compact que le Q8 : voilà comment l’on pourrait abréger la position du nouveau Q6 e-tron dans la gamme des SUV électriques Audi. Le constat est facile, logique et mathématique. Maintenant, s’il fallait davantage creuser le sujet, je vous dirais que le nouveau venu repose sur la plateforme PPE, partagée par Porsche, et censée optimiser la partie technique.

Le communiqué de presse annonce justement la couleur : cette architecture 800 volts offrirait une « autonomie supplémentaire de 40 km par rapport à l’e-tron », alors même que les électromoteurs réclameraient « 30 % d’espace en moins » avec en prime une masse réduite « d’environ 20 % ». Le beurre et l’argent du beurre ?

Reprenons calmement : dans les faits, cette base permettrait surtout d’augmenter sensiblement la puissance de charge en courant continu puisqu’elle pointerait à 270 kW, permettant ainsi de passer de 10 à 80 % de batterie en seulement 21 minutes. Performance très respectable compte tenu du format mastoc de l’accumulateur (94,9 kWh nets).

De cela découlerait un rayon d’action à l’avenant puisque compris entre 547 et 623 km sur notre version Quattro, pourtant pas la plus sobre du lot. Celle-ci embarque en effet deux machines électriques – une sur chaque essieu – pour une puissance cumulée de 387 ch. De quoi faire, vous avez dit ? Certainement, même si le Q6 e-tron a des préoccupations tout autres…

Passe-partout

La discrétion ? Une valeur chérie et vénérée dans le sanctuaire des anneaux. En singeant davantage un congélateur Liebherr qu’une supercar délurée, le Q6 e-tron ne commet aucun pêché. Bien sûr, la face avant flanquée d’optiques réparties sur deux étages apporte un grain de personnalité. Bien sûr, les quelques nervures sur les ailes tentent de revigorer le tout. Bien sûr, les imposantes jantes de 21 pouces avec étriers de frein rouges essaient de donner plus de cachet à la chose. Si l’effort est salutaire, le dessin reste au global très ressemblant aux autres modèles de la gamme.

Et puis, avouons entre nous que le Gris Magnétique habillant notre modèle d’essai ne fait que renforcer cette impression. Bien sûr, cette sobriété peut plaire, question de goût…

Ce n’est qu’une fois installé à bord que l’on mesure les quelques changements. Finis les écrans séparés, le Q6 e-tron présente des dalles OLED incurvées en enfilade de 11,9 et 14,5 pouces. Et ce n’est pas tout !

Sur le niveau S line, un troisième carreau de 10,9 pouces vient se loger côté passager, permettant à ce dernier de piloter la navigation ou le multimédia. L’ensemble est réactif et les graphiques ne souffrent pas la critique. Mais la myriade de sous-menus nécessitera fatalement un temps d’adaptation, à l’instar des commandes de ventilation, également logées dans l’afficheur central. Frustrant, mais tellement commun…

« Les plus tatillons trouveront à redire sur la qualité de certains plastiques. À ce niveau de prix, leurs plaintes sont légitimes ! »

Côté qualité de finition, on connait Audi pour son tracas obsessionnel, sinon maladif, des ajustements au micron près. À ce chapitre, le Q6 e-tron remplit parfaitement son office avec des assemblages sans faille. Le mobilier est solidement arrimé et les accostages, léchés.

On tirera en revanche un constat plus nuancé concernant les matériaux utilisés. Si le haut de la planche de bord se pare d’un revêtement surpiqué, que les panneaux de porte s’ornent de suédine, que des inserts en micro-sergé de carbone s’invitent ici et là et que les sièges s’habillent de cuir pleine fleur, les parties basses sont flanquées d’un plastique franchement basique qui détonne sur un véhicule de ce prix.

Au rayon des chagrins, on pourra aussi blâmer le choix de commandes semi-tactiles sur le volant que l’on peut éveiller par inadvertance. Même punition pour les touches attitrées aux rétroviseurs, au verrouillage des portes, aux sièges et aux feux, inutilement enfermées dans une platine rectangulaire côté conducteur.

Technoland

Ces petites complications sont d’autant plus regrettables que le SUV allemand peut être équipé comme un prince. Parmi les nombreuses gâteries proposées par le Q6 e-tron, on remarquera des optiques OLED numériques personnalisables à l’envie et s’adaptant aux conditions de circulation.

Jugez un peu : à l’arrière, 360 segments répartis sur six panneaux modulent ainsi l’éclairage toutes les dix millisecondes. Certains symboles spécifiques peuvent alors s’afficher lors de situations critiques comme à l’approche d’un bouchon, d’un accident ou d’une panne.

L’affichage tête haute en réalité augmentée convainc également en projetant des informations sur la route lorsque la navigation est activée. Plus futiles, des jeux sont également disponibles dans ce même afficheur virtuel. Volant en mains, qui n’a jamais rêvé de partir à la conquête de l’espace le temps d’une recharge ?

Quant à la sonorisation Bang & Olufsen Premium avec son 3D, elle ravira les mélomanes avec ses 16 haut-parleurs – dont deux logés dans les appuie-tête des sièges avant – et sa puissance totale de 705 W. La liste n’est bien entendu pas exhaustive et peut être rallongée à souhait moyennant le renfort de packs d’équipements plus ou moins dispendieux…

L’Audi Q6 e-tron est-il un bon hôte ?

Et le sens de l’accueil dans tout cela ? Avec ses 4,77 m de long, le Q6 e-tron n’est pas le plus portant de la bande puisqu’il se fait assez sérieusement dépasser par les BMW iX (4,95 m) et Mercedes EQE SUV (4,87 m). Ces centimètres en moins ne l’empêchent pourtant pas d’offrir un espace satisfaisant aux places arrière où deux adultes de taille moyenne pourront confortablement prendre place avec un beau dégagement au niveau des genoux comme de la tête. Soulignons en sus la quasi absence de tunnel central, un bon point qui aurait pu être meilleur si l’assise du milieu n’était pas raide comme du bois.

Aussi, il a beau être le plus petit, le Q6 e-tron domine carrément les débats concernant le volume de coffre en pointant à 526 l. Ajoutons à cela la présence d’un coffre avant de 64 l, tout simplement indisponible chez BMW et Mercedes. L’Audi est donc légèrement mieux disposé pour partir en vacances, à condition de fermer les yeux sur le Tesla Model Y qui se la joue cargo avec sa soute de 854 l.

Audi Q6 E Tron Coffre Avant
© Thomas Kim pour Presse-citron

Sur coussin d’air

« Ah oui ? Ça fait déjà deux heures qu’on roule ? » s’interroge ma voix intérieure à moitié sortie d’un sommeil léthargique. Soyons francs, piquer un roupillon est chose facile tant le Q6 e-tron surprend par sa capacité à effacer les kilomètres. Grâce au double vitrage, les bruits sont remarquablement étouffés sur autoroute, à tel point que l’on finit par perdre la notion des distances. Et quand la suspension pilotée pneumatique optionnelle se joint au jeu, l’allemande délivre un confort de haut vol.

Comme dans un rêve, on a bien envie que cela continue indéfiniment. Hélas, la batterie finit par siroter ses derniers kilowattheures. Compte tenu de la consommation élevée de 27 kWh/100 km, on peut supputer une autonomie de 350 km sur les grands axes. Une valeur plutôt solide à laquelle s’ajoutent de fortes capacités de recharge.

Vient ainsi le temps du biberonnage : grâce à sa plateforme 800 volts, le Q6 e-tron peut taper en pointe une puissance de 270 kW en courant continu. C’est mieux que les 250 kW revendiqués par un Tesla Model Y pourtant pas ridicule. Quant aux BMW iX et Mercedes EQE SUV, ils sont battus par K.O. avec respectivement 175 et 170 kW.

« Tant que la batterie tient bon, les accélérations amusent. Car pour le reste, le Q6 e-tron ne donne pas vraiment la banane à son volant »

Une fois en action, les 387 ch du Q6 e-tron Quattro garantissent des relances musclées garantes d’un 0 à 100 km/h abattu en 5,9 s. Les accélérations sont plutôt jouissives… en ligne droite seulement. Lorsque le tracé a tendance à serpenter, ce gentil frigidaire ne manque pas de s’affaisser une fois titillé, même si le mode Dynamic parvient à contenir tant bien que mal le roulis.

De plus, la direction, certes réactive, se révèle peu précise tant elle vous isole du macadam. Bref, une lecture aussi brouillée du revêtement incite plutôt à calmer le jeu. Au bout du compte, si l’on sort d’un BMW iX, ou pire, d’un Tesla Model Y, on sentira le Q6 e-tron fade et engourdi.

Ces qualificatifs amers ne sont pas qu’une impression puisque dans sa version Quattro, le SUV allemand avoue effectivement plus de 2,3 tonnes… à vide. Cette masse copieuse se fait heureusement oublier en ville, où il faudra surtout cerner les alentours du véhicule pour ne pas ébrécher la carrosserie et les jantes, particulièrement exposées. Les caméras périmétriques pourront sûrement vous éviter des bobos, mais elles sont uniquement disponibles à partir de la finition S line. Bonne nouvelle, la conduite à une pédale est possible, mais le système manque de douceur à basse vitesse. Semi consolation, donc.

Terminons avec un scoop qui n’en est pas vraiment un : le Q6 e-tron est cher. À 87 550 €, notre modèle Quattro S line voit déjà grand. Et en empilant ses très nombreuses options, la facture finale a de quoi retourner l’estomac : 106 025 €. Déraisonnable, vous dîtes ? Jugement à pondérer : le BMW iX démarre à 88 600 € quand le Mercedes EQE SUV réclamera au bas mot 85 050 €.

Et pour le cousin Porsche Macan, comptez 86 439 € minimum en quatre roues motrices. Bref, les constructeurs jouent des coudes de l’autre côté du Rhin. La menace viendra donc plutôt de l’extérieur avec le Tesla Model Y Grande Autonomie débutant à 52 990 €, sans oublier le panier de marques chinoises montant inévitablement en puissance dans l’Hexagone. Reste à accepter une image de marque à parfaire dans l’Empire du Milieu et à redresser chez les Américains…

Notre avis sur l’Audi Q6 e-tron

Audi Q6 E Tron Montant
© Thomas Kim pour Presse-citron

Confortable, habitable et techniquement à la page, le Q6 e-tron cumule de beaux atouts. La copie rendue par Ingolstadt n’est cependant pas parfaite : la consommation demeure assez élevée alors que les choix ergonomiques peuvent agacer au quotidien parallèlement à certains matériaux à l’aspect discutable. Sur un véhicule dont le prix peut facilement atteindre les six chiffres, cela est potentiellement rédhibitoire.

Enfin, malgré un châssis renfermant un afflux d’équidés ne demandant qu’à galoper, l’allemand conserve un côté pantouflard le rendant peu sensationnel à mener par rapport à ses rivaux.

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Audi Q6 e-tron Quattro S line

106 025 €
7

Note globale

7.0/10

On aime

  • Le confort de bon niveau
  • La recharge éclair en courant continu
  • La dotation très complète, à condition d’y mettre le prix

On aime moins

  • La qualité de finition inégale
  • La consommation assez élevée
  • La conduite sans réelle saveur