Appartenant à Volkswagen depuis 1998, Bentley incarne la lignée de l’ultra-luxe du groupe allemand, en compagnie de Lamborghini, même s’il ne fabrique plus depuis longtemps de voitures de sport stricto sensu. Si l’entreprise avait déjà décliné certains de ses modèles en hybride, comme le Bentayga, la Continental GT et la Flying Spur, elle restait encore absente sur le segment de l’électrique. Mercredi, la marque vient d’annoncer son tout premier véhicule électrique, pour aller titiller ses concurrents qui, eux, se sont déjà lancés. Que vaut donc le Torcal, si on le compare aux seules voitures qui jouent dans la même cour : la Rolls-Royce Spectre, présentée en juin dernier et la Ferrari Luce, un mois plus tôt (qui a d’ailleurs fait grimacer les fans de la marque en Occident) ?
Au lieu de tenter de réinventer entièrement ce que devrait être une Bentley aux yeux des acheteurs, le constructeur de Crewe a choisi de respecter son héritage, quitte à tricher un peu pour que le Torcal ne le trahisse pas. Un stratagème que certaines autres marques ont déjà employé, comme Mercedes-AMG, Dodge, Maserati, ou sa cousine Porsche.
Un paquebot sur roues aux performances indécentes
Le Torcal se décline en trois versions : la première, plus « sobre » (notez bien les guillemets) et statutaire. Même s’il représente l’entrée de la gamme, le Torcal de base peut tout de même compter sur une cavalerie de 821 chevaux (604 kW) et 1 194 Nm de couple pour un 0 à 100 km/h en 3,4 secondes. Il lui fallait au moins ça pour arracher ses 2 795 kilos du bitume : c’est un gros bébé, puisqu’il mesure un peu de 5 mètres de long pour 2 mètres de large.
L’autre, le Torcal S, légèrement plus hargneux, puisqu’il est doté de 876 chevaux (653 kW) et un couple de camion de 1 350 Nm, envoyés aux quatre roues par deux moteurs électriques. La barre du 0 à 100 km/h tombe en 2,9 secondes, et il peut atteindre une vitesse maximale de 260 km/h, ce qui en fait, sur le papier, la Bentley de série la plus puissante jamais produite. Des performances qui le placent face à la Lotus Electre ou, dans une moindre mesure, au Porsche Cayenne électrique.
Au sommet de la gamme trône la First Edition, une édition réservée aux premiers acquéreurs, qui surenchérit sur la S avec des jantes 22 pouces dédiées, un motif de matelassage exclusif sur les sièges, des placages en fibre de carbone dans l’habitacle et des éléments visuels décoratifs sur les ailes et seuils de portes.
Les trois versions partagent exactement la même batterie de 113,2 kWh, et d’une architecture 800 volts, leur permettant d’avaler sans peine 600 km (norme WLTP). Sa puissance de charge est de 400 kW, et une petite vingtaine de minutes sur une borne de recharge rapide permettent de regagner l’essentiel de l’autonomie (de 10 à 80 %).
Bentley n’est pas repartie de zéro, puisque le Torcal est basé sur la plateforme PPE (« Premium Platform Electric ») de Volkswagen, déjà utilisée pour d’autres véhicules du groupe : le Porsche Macan et le Cayenne électriques, l’Audi Q6 e-tron (et sa déclinaison Q6 Sportback e-tron) et l’A6 e-tron (en versions berline Sportback et break Avant).
Le luxe à l’ancienne face au défi de la fée électricité
Côté design, Bentley ne s’est pas aventurée non plus en terre inconnue : le Torcal ressemble globalement à un Bentayga futuriste, mais sa silhouette paraît moins élancée que les dernières versions du SUV thermique. Sa face avant reste typique d’une Bentley, avec sa gigantesque calandre, constituée de losanges répétés qui semblent flotter dans le vide, un effet d’optique accentué par les 76 LED qui y sont incrustées.
L’habitacle respire évidemment le luxe : un grand écran tactile incurvé occupe la console centrale, s’étalant quasiment du haut de la planche de bord jusqu’en bas du volant. Boiseries faites main, sellerie intégralement conçue en cuir et en Dinamica, une microfibre synthétique haut de gamme, très proche du suède ou de l’alcantara, qui est son principal concurrent direct.
Pour remplacer le son du V8 et que le conducteur ne se sente pas déboussolé à la première accélération, Bentley a recréé artificiellement le bruit de l’échappement du V8. Une pratique assez courante chez les fabricants qui ont construit une partie de leur identité sur les sons de leurs blocs thermiques. À une seule différence : Bentley n’a pas utilisé un synthétiseur informatique pour compenser l’absence du moteur, mais de réels enregistrements d’instruments de musique (des percussions, une guitare basse, et un alto, notamment).
Frank-Steffen Walliser, patron de Bentley, a expliqué auprès de Reuters : « Notre intention a toujours été de fabriquer d’abord une Bentley. Les clients ne demandent pas une voiture radicalement différente simplement parce qu’elle est électrique ». D’aucuns verront dans cette déclaration une forme de conservatisme commercial, mais peut-être que d’autres, au contraire seront séduits par cette volonté de sanctuariser les codes du grand tourisme à la Bentley.
Côté prix, le Torcal est proposé à un prix de départ de 173 000 livres ; les prix pour la France n’ont pas encore été donnés, mais on connaît déjà ceux qui seront demandés en Belgique. Selon Le Moniteur Automobile, il faudra compter 223 850 euros pour la version de base, 251 680 euros pour la S et 284 350 euros pour la First Edition. Un beau billet, mais un positionnement tarifaire très éloigné de son concurrent, Ferrari (550 000 euros pour la Luce) et nettement en dessous de Rolls Royce (environ 400 000 euros pour la Spectre). En Europe, les commandes seront ouvertes d’ici la fin de l’année, en décembre 2026 avec un lancement prévu pour 2027.
- Bentley présente le Torcal, son premier SUV 100% électrique, qui simule le son d’un moteur V8 pour préserver son ADN.
- Le Torcal offre jusqu’à 876 chevaux et 600 km d’autonomie, avec un design inspiré du Bentayga et un intérieur luxueux.
- Les prix commencent à 223 850 euros en Belgique, avec des commandes ouvertes fin 2026 et un lancement prévu pour 2027.
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